Protection de la flore

Figure 1 : Trochetia granulata est une espèce endémique de La Réunion qui a changé de statut UICN en 2023 : « quasi-menacée » à « vulnérable » en 10 ans.

La flore

L’île de La Réunion abrite une flore unique au monde. Les conditions climatiques ainsi que le relief caractéristique de l’île ont modelé la flore à son image. Près de 900 espèces sont indigènes sur l’île. Parmi ces espèces, 102 sont endémiques de La Réunion. Il faut à tout prix sauvegarder cette biodiversité !

Depuis son arrivée sur l’île, l’Homme a détruit 70% des forêts primaires existantes pour les remplacer par des constructions, des cultures et terrains d’élevage. Dès la création du Parc national de La Réunion (PnRun) en 2007, une protection a été mise en place pour préserver ces forêts. Malgré cette mise sous cloche, d’autres menaces pèsent sur ces forêts : les incendies, les cyclones, l’érosion. Actuellement, la menace la plus importante, qui bénéficie également des évènements naturels cités précédemment, sont les Espèces Exotiques Envahissantesespèce exotique qui menace les écosystèmes, les habitats naturels ou les espèces indigènes sur le territoire d’introduction. (EEE) . Ces espèces importées sont une concurrence déloyale envers les espèces endémiquesespèce qui se trouve exclusivement dans une région géographique spécifique et qui ne se trouve nulle part ailleurs dans le monde. Elle est le résultat d’une évolution isolée d’une espèce indigène et souvent liée à des facteurs géographiques, climatiques ou géologiques particuliers qui se sont développées tranquillement sur l’île pendant plusieurs milliers d’années. Le dernier rapport de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) indique que 41% des espèces indigènes sont menacées d’extinction en 2023 contre 30% en 2010.

Pour renforcer la lutte contre les EEE, en avril 2019, un arrêté ministériel a été publié pour interdire l’introduction, la vente et la plantation de 151 espèces sur le territoire réunionnais. Malheureusement, 1/3 d’entre elles sont déjà présentes sur l’île et commencent à coloniser les milieux naturels. D’autres espèces ne sont pas interdites mais gagnent progressivement du terrain et colonisent aussi certaines zones urbanisées, agricoles et naturelles. En colonisant, les milieux naturels, les EEE peuvent entrer en compétition pour les ressources vitales (lumière, eau, nutriments du sol), les pollinisateurs, étouffer et détruire les organes de la plante sur laquelle elles se développent. De plus, leur croissance rapide et leur fructification attractive et abondante favorisent leur dispersion à l’échelle de l’île. Heureusement, elles ne sont pas capables de s’implanter n’importe où sur l’île, mais il leur suffit parfois de disposer de quelques conditions favorables pour s’installer. Et souvent les moyens techniques et humains manquent pour les éliminer rapidement et efficacement.

Depuis 2015, l’AVE2M mène des actions de lutte contre les EEE végétales. L’objectif est de préserver les forêts primaires et les espèces en danger d’extinction. Certaines actions ciblent une espèce en particulier comme la détection précoce en milieu naturel/urbain. Dans le cadre de la détection précoce, l’AVE2M mène des diagnostics sur des signalements d’EEE pour proposer des plans d’actions à mettre en oeuvre. Lorsque ces derniers sont validés, la lutte et le suivi sont réalisés pour s’assurer de l’élimination de la station traitée.

Dans le cadre du programme AKZ, la lutte contre les espèces émergentes est menée en zone urbaine. Car une fois que ces espèces sont importées à La Réunion et implantées dans les jardins, elles sont capables de s’y échapper et de s’établir dans de nouveaux espaces. Cette action permet d’agir précocement et en amont des milieux naturels pour stopper la propagation naturelle de l’espèce. A travers ce programme, les particuliers sollicitent l’AVE2M qui met en place les actions nécessaires à la lutte contre ces espèces émergentes. Afin de favoriser la biodiversité locale, une espèce indigèneespèce animale, végétale ou tout autre type d’organisme vivant dont l’origine naturelle correspond à un territoire spécifique. Elle se trouve dans un écosystème de façon naturelle, sans intervention humaine. Elle n’est pas spécifique à un unique territoire est proposée en remplacement des plantes enlevées.

Figure 2 : L’arbre pieuvre (Heptapleurum actinophyllum) n’est pas encore classé parmi les espèces interdites. Il produit des centaines de milliers de graines qui sont consommées et disséminées par les oiseaux. Sa croissance rapide et son système racinaire agressif lui permettent de se développer sur de multiples milieux et même sur les roches volcaniques. Il est une vraie menace pour les forêts primaires de l’Est et du Sud de l’Île.

Figure 3 : Expédition d’une équipe de l’AVE2M dans le Bras de la Plaine pour intervenir sur une station de Grévillaire rouge naturalisée.

Pour plus d’efficacité, les actions de lutte doivent être couplées à des actions de plantation. Dans la nature, lorsqu’une place est libérée, elle sera automatiquement comblée par d’autres espèces. Grâce à leur rapidité de germination et de croissance, ce sont majoritairement des EEE qui vont s’installer. La restauration écologique est une mission importante qui permet de reconstruire des forêts en éliminant les EEE. Sur le chantier REDPALM à la Possession, l’AVE2M mène depuis 2023 une action de restauration de la forêt semi-sèche. En collaboration avec la mairie de la Possession, des moyens techniques et humains sont déployés pour permettre la lutte contre les EEE, la replantation d’espèces indigènes et la sensibilisation du grand public. Ce site abrite encore des espèces menacées d’extinction et sans l’intervention humaine, ces écosystèmes sont voués à disparaître.

D’autres actions de sauvegarde de la flore sont mises à la place comme la création de micro-forêts urbaines. A l’initiative du conseil départemental, le projet 1 million d’arbres vise à reboiser certains sites gérés par le département ou partenaires de cette structure. L’AVE2M intervient dans différentes phases de ces actions de plantation et également pour le suivi post-plantation.

Les EEE végétales ne sont pas la seule menace, car les EEE animales causent également des dégâts sur la flore endémique. Ce constat a été notamment relevé par le PnRun sur le Massif du Grand Bénare avec la prédation des cabris sauvages sur le Petit tamarin des hauts (classé en danger d’extinction), le LIFE+ COREXERUN sur de nombreuses espèces menacées de la forêt semi-sèche et le Conservatoire Botanique National de Mascarin (CBNM) sur une espèce d’altitude en danger critique Heterochaenia fragrans. Depuis 2017, à la demande du conseil départemental, l’AVE2M intervient sur différents ENS pour préserver la biodiversité et limiter l’impact sanitaire des rats en menant des actions de dératisation. Au cours de ces années, l’AVE2M avec l’appui des gestionnaires a constaté la prédation des rats sur certaines espèces. Différents impacts sont constatés (consommation des graines, de l’écorce,…) et peuvent mettre à mal la survie de ces espèces.

En fonction des actions menées, le matériel adéquat, les techniques de lutte et les moyens humains nécessaires sont mobilisés. Des partenariats entre les différentes structures environnementales sont créés afin de coopérer à l’élaboration et la bonne réalisation des actions à entreprendre. Différentes stratégies de préservation et de lutte sont mises en oeuvre à l’échelle locale en impliquant ces structures. L’une des priorités est d’impliquer davantage le grand public et le monde politique, afin d’augmenter les moyens humains et financiers nécessaires pour la sauvegarde du patrimoine naturel de La Réunion.

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